Fashion Week Femme AW22/23 Jour 3

DEFILE ACNE STUDIOS AU LYCEE CARNOT: Jonny Johansson, le directeur artistique de la marque suédoise, a présenté une collection très travaillée qui revisite le patchwork. Cette recherche profonde sur les matières et la construction du vêtement met en scène une ribambelle de Cendrillons des temps modernes. Certaines se sont confectionnées de superbes robes de bal à crinoline en maille usée et raccommodée, ou bien avec de vieux bouts de toile et denim délavés. D’autres se sont fabriquées des jupes fourreaux d’une longueur infinie avec des rectangles de toutes sortes de tissus (cuir, flanelle, denim, matière brillante), parfois sommairement cousus entre eux, qu’elles enroulent autour d’elles, les nouant très haut à la taille d’un ruban enfilé dans une grosse boucle métallique façon ceinturon. Parfois la robe est simplement réalisée dans un carré de soie accroché à une épaule par un ruban. Des jupes s’enfilent sur de simples débardeurs ou tricots lâches décousus par endroits ou reprisés. Les longs gants sont eux aussi composés d’échantillons d’étoffes comme un puzzle. Rubans et pans de tissus ondulent le long du corps, prolongeant en mouvement la silhouette longiligne, notamment dans ces habits drapés réalisés à partir de châles ou rideaux frangés. Aux pieds, des bas de laine troués recouvrent les chaussures et remontent jusqu’en haut des cuisses.

Fashion Week Femme AW22/23 Jour 2

PRESENTATION « THE SELECTS » EN SHOWROOM: « The Selects » est tout à la fois une plateforme de promotion, un showroom créatif et une agence événementielle qui a pour but de promouvoir la mode coréenne actuelle. Parmi les neuf marques émergentes sélectionnées pour cette saison, quatre ont particulièrement retenu mon attention:

HANKIM: La marque propose une vision moderne de la féminité alliant humour et inspirations oniriques. Intitulée « Fly me to the moon », la collection combine coupes expérimentales, imprimés Op Art et silhouettes longilignes.

NEUL: Un style excentrique décliné dans une multitude de silhouettes et de matières. Des silhouettes intemporelles sont revisitées à l’aide d’une palette de couleurs détonante et de motifs complexes. Le familier se trouve décalé grâce à des détails inattendus. De cette collection intitulée « Boudoir » ressort une certaine élégance romantique à tonalité vintage.

EENK: La marque propose une approche créative, joueuse et atypique. Superpositions pleines d’imagination,multiplicité des matières et souci du détail se déclinent dans des combinaisons particulièrement originales. La collection intitulée « T for Temptation » navigue entre retenue et audace troublante.

EYEYE: Une élégance moderne toute en simplicité qui se décline dans des silhouettes souples et des coupes parfaites. La garde-robe explore des styles éclectiques ponctués de touches fun. La collection intitulée « Lucky Me » fait ressortir un avant-gardisme confortable empreint de stabilité.

Fashion Week Femme AW22/23 Jour 1

DEFILE WEINSANTO AU « 35-37 »: Le jeune créateur alsacien Victor Weinsanto, semi-finaliste du prix LVMH 2022, a présenté sa quatrième collection dans le centre culturel et créatif parisien de Dover Street Market. Ancien danseur passé par le studio de Jean Paul Gaultier, il puise dans l’univers de son mentor son goût pour le théâtral et le sculptural. Pour cette nouvelle collection intitulée « Murder in Paris », il met en scène la chanteuse Sam Quealy, la drag-queen La Grande Dame, la danseuse burlesque et meneuse de revue Allanah Starr ou encore la mannequin Queentoide dans un défilé-performance qui exalte la puissance de ses créations. Le premier look se compose d’une combinaison semi-transparente inspirée de visages roses et violets qu’on retrouve sur de nombreuses pièces, complétée par une énorme coiffe à tentacules ondulés. Puis la collection se déploie en robes et combinaisons moulantes ou voluptueuses, manteaux aux volumes exagérés, bodys sensuels et corsets caractéristiques de la marque, tops croisés semi-transparents, bibis en forme de chapeaux balayant le visage, diadèmes à plumes, superpositions de ceintures, courroies et sous-vêtements en cuir, tangas à taille haute et seins protégés de cache-tétons qui se devinent sous des robes transparentes. L’actrice d’Emily in Paris Philippine Leroy-Beaulieu clôt en beauté le défilé avec une capeline impressionnante.

Fashion Week Haute Couture SS22 Jour 4 (fin)

PRESENTATION LA METAMORPHOSE EN DIGITAL: Pour cette nouvelle collection intitulée « Le Triomphe des Fleurs », les deux créatrices polonaises (Ewa Gawkowska et sa soeur Malgorzata Szczena) ont puisé leur inspiration dans l’opéra ballet de Jean-Philippe Rameau « Les Indes Galantes », et tout particulièrement dans ces vers: « Triomphez, agréables fleurs! Répandez vos parfums, Ranimez vos couleurs! », »Papillon inconstant, Vole dans ton bocage! Arrête-toi, Suspends le cours de ta flamme volage! » Les broderies de fleurs ont nécessité un mois de travail, découpées et peintes à la main, un autre mois pour réaliser la broderie du tailleur pantalon, et deux mois pour le plissé des robes. Les coupes féériques au tombé impeccable opposent l’or solaire royal à la profondeur du bleu nuit et la légèreté du vert anis. Les matières utilisées sont exceptionnelles, made in France et respectueuses de l’environnement: dentelle Solstiss, soie, satin, tulle. Le résultat est à la hauteur du grand talent artistique des soeurs créatrices.

Photos: Greg Alexander

Fashion Week Haute Couture SS22 Jour 3

DEFILE JEAN PAUL GAULTIER x GLENN MARTENS AU SIEGE DE JPG: Depuis que Jean Paul Gaultier s’est retiré de la maison qui porte son nom en janvier 2020, les collections haute couture sont conçues en collaboration avec un designer extérieur qui change chaque saison. Après Chitose Abe (créatrice de Sacai) en juillet dernier, c’est au tour de Glenn Martens, le designer belge de Y/Project, de proposer sa vision de la couture Gaultier, chez qui il avait fait un passage en 2008. C’est ainsi qu’il a polarisé son attention sur le fameux corset, sous-vêtement captivant et élément consubstantiel à toute la carrière de Jean Paul Gaultier. Toutes les silhouettes sont corsetées et de nombreuses robes ont une longue traîne évoquant les sirènes ou les vagues. Le thème marin se trouve également décliné dans une robe fourreau entièrement brodée de coraux. De grosses mailles sculptent la silhouette comme cette robe en laine écru, dos nu avec une fente en arrière. L’emblématique marinière est déchiquetée ou décomposée en fils de fer sur une robe chair. On retrouve l’esprit Y/Project dans les constructions/déconstructions très impressionnantes et dans la touche de gothique flamboyant qui infuse les robes de madones moyenâgeuses.

Photos: imaxtree

Fashion Week Haute Couture SS22 Jour 2

PRESENTATION ZIAD NAKAD EN DIGITAL: Le créateur libanais a présenté une nouvelle collection intitulée « MuZeum », qui comme à son habitude sublime les femmes, tissant autour du corps féminin un écrin précieux et intemporel. Il nous invite à découvrir une collection de muses, toutes différentes, cosmopolites, ayant pour point commun une féminité affirmée, avec un choix de mannequins venant du monde entier (France, Australie, Géorgie, Etats-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Corée) destiné à montrer que la beauté est universelle. La robe d’ouverture est un symbole de lumière, qui naît des ténèbres et qui est une invitation à faire un voeu. La signature du couturier se retrouve sur l’ensemble de la collection: épaules oversize, tailles marquées et soulignées par des ceintures bijoux et des broderies. Les robes phare sont créées comme des mosaïques, cousues carré par carré dans son atelier de Beyrouth: un travail de six mois et un nombre incalculable d’heures par robe pour créer cette architecture parfaite moulant le corps de la femme. Tulle, taffetas et dentelle soulignent ça et là une silhouette élancée. Celles-ci sont complétées par une ligne d’accessoires, ceintures Swarovski et boucles d’oreille oversize.

Photos: Mohammad Seif

Fashion Week Haute Couture SS22 Jour 1

DEFILE SCHIAPARELLI AU PETIT PALAIS: Le couturier texan Daniel Roseberry, directeur artistique de Schiaparelli depuis 2019, a présenté une collection spectaculaire, portée vers le divin, qui donne assurément un nouvel élan à la maison parisienne fondée en 1927 par Elsa Schiaparelli. La palette de couleurs sommaire mais percutante (noir, blanc, or) met en valeur des silhouettes ultra structurées aux volumes impressionnants: les immenses chapeaux circulaires et couronnes dessinent des auréoles autour des têtes; les tailleurs, robes, vestes et pantalons, habilement coupés dans des matières rigides, ondulent autour des corps par leurs formes courbes et géométriques. Les lignes et reliefs du corps sont exagérés par des vestes courtes rappelant l’habit de lumière des toreros, l’ajout sur la poitrine de seins coniques, ou encore par des bustiers corsetés et une robe en velours noir drapé. Des ornements opulents garnissent les tenues: rubans bouclés en tulle noir en bordure des jupes, parure de plumes jaillissant d’une chevelure, créatures et plantes sculptées dans l’argile ou la mousse avant d’être dorées à la feuille d’or et brodées de cabochons et cristaux vintage.