Fashion Week Femme AW19/20 Jour 3

PRESENTATION « SAVOAR FER » AU PALAIS DE TOKYO: La jeune marque lancée par la créatrice suisse Eliane Heutschi en février 2017 a présenté sa nouvelle collection dans le cadre de Designers Apartment, un programme d’accompagnement de créateurs français et internationaux basés à Paris, développé par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. Le nom de la marque est la traduction phonétique du mot « savoir-faire », un mot-clé pour la créatrice fascinée par l’artisanat, les textiles travaillés et la conservation des savoir-faire ancestraux qu’elle essaie de faire revivre au travers de vêtements contemporains. Après les boutons recouverts, le plissé pli plat, le point de croix et la dentelle aux fuseaux, le thème choisi pour cette saison est le rapiéçage, c’est-à-dire l’idée de raccommoder un vêtement avec d’autres tissus, comme pour boucher des trous. La créatrice déclare s’être beaucoup servie de cette technique de broderie pour dessiner des pièces sur les pièces. Elle identifie d’abord un savoir-faire puis réfléchit aux matières, généralement assez classiques, en utilisant les chutes de tissus de collections antérieures (propres ou externes) qu’elle recompose de façon très inventive. On y trouve ainsi une curieuse matière plastique transparente évoquant un filet de pêche: c’est un plastique hydrosoluble traditionnellement utilisé en broderie comme support pour stabiliser les tissus, avant d’être jeté, et qui devient ici une matière principale, très fine et très stretch. En mélangeant cette matière technique avec du denim la créatrice revisite les lignes iconiques du blouson. La notion de mélange est un autre maître-mot de cette mode écologique et durable qui se décline en tenues oversize  associant un côté élégant à un côté streetwear, finitions travaillées et matières brutes, transparence et opacité, motifs à carreaux et bicolores. Bravo et bonne chance!

Le streetstyle du jeudi 28 février 2019, aux abords des défilés Paco Rabanne (où l’on voit que la marque n’a pas lésiné pour habiller ses invités) et Y/Project:

Et, pour terminer, mon look du jour (photos: Franck Malabre):

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Fashion Week Femme AW19/20 Jour 2

DEFILE DIOGO MIRANDA A L’ORATOIRE DU LOUVRE: Pour cette nouvelle saison le créateur portugais a conçu une collection à l’élégance classique, sophistiquée et aux grands volumes inspirée du personnage de Catherine Deneuve dans le film « Indochine ». On y trouve ainsi des motifs nautiques tels que les rayures et les chaînes, déclinés de façon tout à la fois classique et féminine et qui confèrent une grande assurance aux silhouettes. Des vestes aux boutons dorés sont associées à des pantalons de marin tout en simplicité. Les jupes fluides et plissées se combinent élégamment avec des vestes et autres tops aux manches volumineuses en taffetas. La palette de couleurs très raffinée (ivoire/gris clair/beige/noir/bleu marine/or) renforce le côté très chic de la collection.

DEFILE LUIS BUCHINHO A L’ORATOIRE DU LOUVRE: Pour cette nouvelle collection intitulée « The Missing Airplane » le créateur portugais a trouvé son inspiration dans les tenues des pionnières de l’aviation des années 1940, et particulièrement la puissance dégagée par leurs casques, combinaisons et blousons bombers. Ceci se traduit par des shearlings, manteaux, vestes et modèles hybrides de style aviateur aux grands cols et aux coupes graphiques. Les imprimés sont inspirés des images de pin up utilisées pendant la seconde guerre mondiale pour remonter le moral des soldats. La combinaison de matières (cuir, fausse fourrure, laine, flanelle, feutre), du mat et du brillant, de couleurs fortes conduit à des silhouettes conquérantes et féminines à la fois.

DEFILE « NEITH NYER AND DDP » A L’ESPACE DAYLIGHT: Ce défilé marque une collaboration tout à fait inattendue, mais qui a vocation à se prolonger sur plusieurs saisons, entre la marque DDP, icône du streetwear des années 1990 et du début des années 2000 qui était quelque peu tombée en désuétude, et Neith Nyer, le label à l’esthétique avant-gardiste créé en 2015 par Francisco Terra. Cette association inédite conduit à un produit luxe pointu ancré dans l’univers streetwear actuel, tout en s’appuyant sur les inspirations excentriques sans tabous de Francisco Terra à la croisée du chic et du vulgaire. Ceci donne une collection inventive et décalée intégrant quelques références subtiles aux archives de DDP (en particulier ses mascottes qui ont été redessinées, notamment le fameux Egg Man). Le tailleur-pantalon en caoutchouc jaune, style ciré de pêcheur, côtoie la robe du soir réalisée dans un patchwork de fleurs découpées dans du feutre. Ces mêmes motifs floraux très années 1970 sont déclinés dans des teintes pâles ou vives sur des collants, robes en jersey ou grandes doudounes. Un motif tartan aux tons clairs se retrouve sur des pantalons, des chemises nouées au cou par un gros noeud et des sacs à dos qui s’accrochent à la taille. Une mini-jupe en maille à rayures arc-en -ciel est portée juste avec un double soutien-gorge coloré sous la veste. Les chaussures ont été développées en collaboration avec Naomi Hille et les bijoux avec Florence Tetier. On souhaite bonne chance à ce projet très prometteur.

Le streetstyle du mercredi 27 février 2019:

Et, pour terminer, mon look du jour:

Fashion Week Femme AW19/20 Jour 1

DEFILE MOOHONG A L’ECOLE DE MEDECINE: Pour cette nouvelle collection intitulée « Juxtaposition », le créateur coréen Kim Moo Hong nous invite à un voyage initiatique dans le temps et l’espace, combinant astucieusement des vêtements inspirés du 18ème siècle avec des tenues contemporaines style sportswear/tenue de motard. Les matières sont travaillées pour donner un aspect usé illustrant le passage du temps et discrètement teintées d’encre. La laine bouillie se combine au velours et aux matières synthétiques dans un patchwork de couleurs plutôt amusant et anachronique. Coupes déstructurées, épaules larges, manches ballons, bottes grandes ouvertes, collants troués: cette esthétique aux accents grunge, jouant sur les contrastes, dégage un romantisme noir qui n’est pas sans charme.

DEFILE FATIMA LOPES A L’AMBASSADE DU PORTUGAL: Une nouvelle collection toute particulière pour la créatrice portugaise qui fêtait le vingtième anniversaire de son premier défilé à Paris. Elle a donc tout naturellement tenu à rendre hommage à ses origines, à l’âme portugaise et sa mélancolie que l’on retrouve dans les paysages de sa lumineuse capitale Lisbonne. Le Portugal s’est ainsi invité dans de nombreux détails de cette riche collection. Coupes graphiques faisant écho à la « Calçada Portuguesa » et jouant sur le contraste du noir et du blanc. Robes épaulées et drapées, manteaux structurés et sophistiqués dans des matières nobles qu’affectionne la créatrice, se déclinant dans les couleurs organiques du Portugal. Des bleus profonds en cachemires et soie pour la mer et la « Saudade », des verts naturels rappelant l’intensité de la « Serra » portugaise, tout comme les bruns, ocres et autres tons de terres. Les souliers dorés en guise de rayons de soleil illuminaient cette collection très inspirée.

PRESENTATION LEO DANS LE NOUVEAU CONCEPT STORE-CLUB « JEAN LOUIS LA NUIT »: La jeune marque bruxelloise fondée en 2016 et animée par la créatrice Leonneke Derksen a présenté sa nouvelle collection intitulée « Trance » dans laquelle elle poursuit ses expérimentations entre trash et sophistication, dans un monde résolument contemporain mais qui puise ses références dans la nostalgie des grands rassemblements de Goa des années 1980/1990 et dans les préceptes du yoga, répondant à l’envie de spiritualité de la génération Millenials. Elle déclare s’inspirer autant des esthétiques psychédéliques et religieuses originelles que des déclinaisons mainstream actuelles de ces thématiques. Ces atmosphères sont traduites dans la collection par la combinaison d’imprimés et bijoux d’inspiration indienne avec des éléments que l’on identifie à la trance européenne comme les jeans bruts et les teintures décolorées. On retrouve également dans cette approche innovante de ces thématiques les éléments stylistiques propres à la marque: les jupes longues (ou courtes) fendues qui se dégrafent par des attaches troublantes, les grandes bottes à talons sur lesquelles on retrouve les mêmes fermoirs, les grosses ceintures, des hauts courts avec des manches très longues, les brassières, les combinaisons, le tout dans une panoplie de matières combinant jean, molleton, soie, satin, et une palette de couleurs où dominent kaki, jaune, mauve et le noir et blanc. Que la fête commence!

Le streetstyle du mardi 26 février 2019, en particulier aux abords du défilé Dior:

Et, pour terminer, mon look du jour: