Fashion Week Femme AW24/25 Jour 6

DEFILE « NOIR » DANS UN ANCIEN MAGASIN DU 9EME ARRONDISSEMENT: Contrairement à son habitude, le créateur japonais Kei Ninomiya délaisse le noir, auquel il ne consacre que quelques modèles, pour étudier les propriétés de la couleur et de la lumière. Il explore ainsi les effets d’optique et les matières réfléchissantes, comme s’il soumettait ses créations à un prisme, réfractant la lumière à travers les différents rayonnements de l’arc-en-ciel. Le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet sont réunis dans plusieurs silhouettes féériques, comme dans ces tops et jupes cocons confectionnés dans des plumes de taffetas, ou dans cette tunique tressée dans un dégradé harmonieux de petites bandes en plastique colorées. Ces mêmes teintes sont utilisées sous forme d’une multitude de petites fleurs découpées et assemblées dans de délicates robes camouflage, ou dans des chaînes-colliers de petits carreaux de PVC constituant des harnais à superposer sur des robes ou un manteau en satin matelassé kaki. Le styliste joue aussi avec les couleurs primaires pour créer des looks pop joyeusement bariolés à partir d’un entrelacs de fils de scoubidou ou en utilisant ces mêmes fils en caoutchouc pour confectionner des fleurs à piquer au milieu d’autres fleurs de tulle blanc dans des robes ou corsages à la consistance de nuages. Des rosaces multicolores découpées dans des toiles en plastique transparent servent à fabriquer des capes et robes rappelant les vitraux de cathédrales. Pour le final, Kei Ninomiya réalise une mini-cape couvrant toute la tête ainsi qu’une robe scintillante à partir de cristaux qu’il utilise comme des prismes. On retrouve dans leurs reflets irisés les nuances de l’arc-en-ciel, qui changent selon la façon dont les pierres accrochent la lumière ou selon la couleur qui leur sert de base. Le T-shirt blanc laisse filtrer des lueurs rose et bleutée, le short noir des lueurs jaune, verte et oranger.

Fashion Week Femme AW24/25 Jour 5

DEFILE LOEWE AU CHATEAU DE VINCENNES: Le directeur artistique Jonathan Anderson a présenté une collection puissante et métaphysique, d’une beauté étrange, inspirée par le peintre américain Albert York (1928-2009), grand amateur de paysages et d’animaux domestiques. La jaquette, le queue-de-pie, le manteau du collège d’Eton (prestigieuse école britannique pour garçons) et la longue redingote sont remis au goût du jour. Des modèles classiques sont entièrement revisités, avec des détails soignés ou inattendus, comme par exemple des perles, ou combinés avec de gigantesques pantalons en soie aux imprimés floraux audacieux. Le créateur ouvre le bal avec des tenues de soirée, un trio de robes du soir très longues, en soie, avec des découpes sur les côtés et un dos nu, et des ceintures à boucle pour les cintrer. La collection joue sur la confrontation des techniques du flou et du tailleur, le trompe-l’oeil (les motifs écossais sont imprimés sur le tissu et non tissés) et les jeux d’échelle (mosaïque sur une bague ou sur toute une robe), quand les chaussures, sacs et vêtements sont intégralement couverts de perles « caviar » multicolores. Le col des manteaux est agrémenté de bois sculpté, les larges sarouels fluides laissent l’air s’engouffrer à chaque enjambée, les baggys en toile épaisse semblent être empruntés à un géant. La palette de couleurs, tour à tour franche et subtile, est manifestement celle d’un peintre.

Fashion Week Femme AW24/25 Jour 4

DEFILE GAUCHERE AU PALAIS DE TOKYO: La créatrice Marie-Christine Statz a présenté une collection élégante et minimaliste, subtilement dosée entre tailoring et casual, masculin et féminin, construction et légèreté. Elle a notamment travaillé cette saison sur le contraste des matières, entre laines épaisses, flanelle, cuir, nylons mélangés et jerseys ultra-fins transparents. Les tailleurs austères à rayures de banquier laissent la place à des looks plus osés, comme ces bodys col roulé à fines côtes ceinturés, endossés sous de maxi manteaux ou de grandes vestes d’homme, comme cette imposante jupe matelassée qui se referme sur un haut transparent, ou cette tunique en voile couleur chair enfilée sous une veste en cuir noir. Des vêtements doux en mohair et laine peignée, dont cet ensemble jupe/top d’un jaune d’or détonant s’invitent dans cette garde-robe composée d’essentiels (costumes amples, grandes vestes et chemises, pantalons, jupes mi-longues, pièces en maille et manteaux). Le cuir est très présent, que ce soit à travers un faux cuir brillant qui amène la lumière, ou dans des peaux souples dans lesquelles la styliste taille des débardeurs, des chemises, des pantalons et de superbes jupes dans des teintes lie de vin. Les accessoires se déclinent également en cuir, comme les sacs, qui font leur apparition chez la marque, sous forme de pochettes-coussins, ou comme les bottes resserrées en haut du mollet, qui font penser à des protections pour bas de pantalons de ski. La créatrice s’amuse aussi à doubler certaines pièces par le biais de pans de vestes qui se prolongent et remontent en écharpe vers les épaules et le cou. Le procédé est aussi appliqué en rallongeant les revers en satin d’un manteau smoking.

Fashion Week Femme AW24/25 Jour 3

DEFILE ACNE STUDIOS A L’OBSERVATOIRE DE PARIS: Le styliste Jonny Johansson met en scène des guerrières avant-gardistes dans une collection puissante et énergique. Dans un décor cinématographique tout blanc, garni de chaises massives fabriquées avec des pneus de voitures par l’artiste estonien Villu Jaanisoo, les mannequins défilent à vive allure en total look noir ou blanc. Elles se présentent dans des silhouettes courtes en cuir ou denim, chaussant escarpins et chaussures montantes ouvertes sur le talon, et portant des lunettes futuristes et des bijoux en métal chromé comme les carrosseries des voitures. Le créateur privilégie des coupes design épurées tracées d’un trait rapide et sec, bousculant les archétypes du dressing féminin, de la fourrure, qui s’enroule en étole autour du cou, à la petite robe noire. Les modèles se parent de robes fourreaux ou de robes à baleine légères en fin jersey, ainsi que d’élégantes chemises en soie au col rehaussé, qui tire-bouchonnent tant elles semblent extensibles, assorties aux pantalons. Le body à col montant est l’une des pièces phares de la collection, entièrement dénudé dans le dos par un long zip. De même que les pièces en cuir. A l’image de ces manteaux à l’allure de tailleurs, comme sculptés avec leurs formes arrondies et rigides, de ces ensembles en peau vieillie, de ces habits nappa seconde peau ou encore de ce combishort de plongeur en néoprène.

Fashion Week Femme AW24/25 Jour 2

DEFILE MAME KUROGOUCHI AU RESTAURANT OGATA: La styliste japonaise Maiko Kurogouchi a pour habitude de développer ses collections autour des savoir-faire de son pays. Pour cette saison elle s’est penchée sur la céramique et la poterie de Karatsu, s’inspirant de fragments d’assiettes à l’aspect rugueux et terreux remontant à plus de 400 ans. Ces effets de dégradés dans les tons bruns, noirs et gris se retrouvent ainsi dans des tricots en mohair ultra-doux et des pantalons en denim rebrodés, qui reprennent, comme les foulards en soie, les dessins peints sur les faïences. Les petites fleurs et motifs peints à la main sur d’autres types de céramiques sont repris quant à eux dans des robes en maille, tandis que des ensembles en jacquard en reproduisent les dessins sinueux comme des paysages. Pour le soir, d’élégantes robes et costumes pyjama en soie affichent les effets tachetés et craquelés de la terre cuite comme autant de tableaux abstraits. Cette série de pièces très graphiques est complétée par des silhouettes monochromes plus sobres, telles que combinaisons, manteaux et costumes masculins déclinés en gris, noir ou marine, illuminés parfois du reflet doré de boutons ou d’une fine ceinture. Certaines tuniques affichent un décolleté serré et profond, comme creusé par l’eau qui aide à façonner l’argile, dans laquelle plonge un pendentif en céramique réalisé à la main par la créatrice.

Fashion Week Femme AW24/25 Jour 1

DEFILE CFCL AU PALAIS DE TOKYO: Le designer japonais de 38 ans Yusuke Takahashi, spécialiste de la maille, a fondé sa marque Clothing For Contemporary Life (CFCL) en 2020, après avoir travaillé pendant dix années chez Issey Miyake (dont les sept dernières en tant que directeur artistique d’Issey Miyake Men). Dans la droite ligne de ce qu’il faisait chez la célèbre maison japonaise, il a développé pour sa marque une technologie de tricotage 3D combinant la technique traditionnelle à la technologie digitale et permettant de réduire les déchets textiles. Il utilise également des fils recyclés. Pour ce premier défilé de sa marque CFCL dans le calendrier officiel parisien, il a puisé dans l’univers sportif pour proposer une garde-robe graphique en maille plissée, noire, grise, blanche ou rouge, et très confortable. Les vêtements en polyester recyclé sont sans couture et extensibles afin de pouvoir s’adapter à toutes les morphologies. Des costumes, vestes, cabans et duffle-coat au design sobre et raffiné, aux robes transparentes tricotées dans des fils ultra-fins, le vestiaire finit sur une note festive avec des robes ondulées à grosses rayures rouges et blanches, d’autres à effet velours, ainsi qu’une série de tenues tissées avec du lurex ou décorées de grosses paillettes.